Quand et comment as-tu décidé de devenir pêcheur ?
J’ai commencé la mer à 5-6 ans, puis les saisons de deux mois vers 13 ans et demi. Je voulais une moto, mon père m'a dit "tu veux une moto, tu vas à la mer". A 17 ans, j'étais mécano à bord. Depuis mes 19 ans, je commande des navires. Ça allait vite, mais j'étais prêt. Quand j'étais puni petit, ma punition, c'était de ne pas avoir le droit d'aller au bateau ou à la mer avec mon père. C'était la passion, on n'a pas été forcés d'aller à la mer. J'ai plus de bons souvenirs que de mauvais sur mes premiers départs en mer, on était jeunes, c'était Koh-Lanta, c'était l'aventure. Aujourd'hui les embarquements, c'est civilisé, mais nous, on n'a pas fait l'armée, on a fait le Juanico (ndlr : le vieux navire de son père). Aujourd’hui, je forme aussi les jeunes, j’essaie de leur transmettre l’envie.
Qu’est-ce que tu aimes le + dans ton métier ?
Je vais commencer par dire ce que j'aime le moins : ce sont les réunions, il a fallu que je sorte de ma place pour y assister. Ce que j'aime le plus, c'est quand tu trouves le banc de thon, au moment où tu vas le pêcher avant même de larguer le skiff, ce sont les 5 dernières minutes avant la calée. Ces 5 minutes d'adrénaline, faudrait qu'ils nous branchent à des électrodes à ce moment-là, ils verraient le niveau de tension que l'on atteint. Avant il y avait une certaine routine, maintenant, c'est ton seul moment de l'année parfois (ndlr : pour un senneur de thon rouge). Ça ne s'explique pas, ça se vit. Ces 5 minutes où ça peut être trop tard si tu hésites trop, où tu te poses la question : "j'y vais, j'y vais pas ?" C'est le moment de la décision de pêcher ou de ne pas pêcher.
Une phrase qui te définit ou qui définit ta passion pour ton métier ?
"La vie c'est pas un sprint, c'est une course de fond."
Pourquoi es-tu devenu un coopérateur du Levant ?
C'était vital, il nous fallait créer une nouvelle OP. Il fallait se réunir, se regrouper, se structurer. Quand t'es seul, t'es seul à te battre. Une OP de plus, c'est être plus de personnes pour se battre quand il faut prendre une décision forte. Il faut défendre mieux les intérêts de la Méditerranée. Seul, t'es une goutte d'eau, à plusieurs t'es un océan.