Je suis né dedans. Mon grand-père était pêcheur à Centuri. Sur ses cinq fils, quatre sont devenus pêcheurs, dont mon père. Dans un petit village comme le nôtre, ça comptait. À une époque, on avait cinq bateaux dans la même famille. J’ai commencé jeune avec mon père. À 18 ans, j’ai acheté mon premier bateau, un pointu. Ensuite il y a eu Le Sauveur. Les choses se sont faites naturellement. J’ai pensé à faire autre chose, oui. Travailler sur les yachts, partir dans la plaisance, voir un peu “la classe” ailleurs. Mais l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Je suis resté à Centuri. Je suis un irréductible villageois. Ici, mes fils grandissent libres. Ici, on est heureux. Je ne me vois pas vivre ailleurs.
La liberté. Être en mer, au lever du jour, sentir que tu es à ta place. Je ne pourrais jamais travailler enfermé derrière un bureau. Il y a les sensations aussi. Voir un thon rouge vivant, sentir sa puissance, ça te met une vraie adrénaline. Remonter une belle langouste, c’est pareil. Ce sont des moments simples mais forts. Mais ce qui me porte vraiment, c’est la passion. Chaque jour est différent. Chaque sortie en mer me demande de donner le meilleur de moi-même. J’aime ramener au port le fruit de mon travail : un poisson de qualité, issu d’une pêche sélective et respectueuse. C’est important pour moi. J’aime ce métier parce qu’il est vrai. Il demande de l’engagement, mais il donne beaucoup. Et puis tout est lié ici. Avec Manon, on a développé l’hôtel-restaurant au village. Le poisson que je pêche, on peut le retrouver dans l’assiette. C’est une continuité. Ça reste local. Mes fils grandissent dans cet environnement. Le deuxième parle déjà de devenir pêcheur. Je ne pousse pas, mais je comprends. Il voit ce que c’est. Il voit la mer, la liberté.
"Sò innamuratu di u mare; hè una parte di mè.", ça signifie : "Je suis amoureux de la mer ; elle fait partie de moi."
À un moment, j’avais besoin de ne plus être seul. Quand le projet a été présenté à Bastia, j’étais là. J’ai écouté et j’ai adhéré. Je cherchais quelque chose de structuré, un cadre, un appui. Aujourd’hui, je lis tout. Les comptes rendus, les informations. Il y a du travail, il y a de l’échange. Ça compte. On est des indépendants, mais on a aussi besoin d’une structure derrière nous. L’OP apporte ça.